In Memoriam
Charles Jean Louis Bichemin (1892 – 1957)
Le 29 avril 1957 s’éteignait à Verdun (Meuse) Charles Jean Louis Bichemin, des suites d’une longue maladie. De fait, je n’ai pas pu le connaître.
De mon grand-père ne me restent que les souvenirs qui m’en ont été transmis par mon père Charles, ma tante Janine et ma grand-mère Marie, quelques photos et papiers jaunis ainsi que quelques uns de ses objets personnels, telle sa cravache fétiche que je conserve précieusement dans la bibliothèque de mon bureau.
C’était, paraît-il, un excellent cavalier. Avant la Grande Guerre, il avait escaladé avec son cheval les escaliers de service du viaduc de Dinan (alors Côtes-du-Nord), où il vivait avec ses parents.

Lamballe, 1892 et Dinan, 1893 – 1910
Né à Lamballe (Côtes-du-Nord) le 21 avril 1892, de Charles Jules Bichemin et de Léonie Marie Eugénie Gombault, il n’y vivra qu’un an, avant son départ pour Dinan où ses parents avaient fait l’acquisition le 4 février 1893 d’un établissement de Bains, au bord de la contrescarpe de la promenade des Petits-Fossés, entre la Tour Beaufort au Nord, et la Tour du Connétable au Sud, qui font partie des remparts du château de Dinan.


« Charlot » était le 5ème enfant d’une fratrie de huit, avec six soeurs : Léonie –« Nonoche » (1886); Elise (1888) décédée en 1889 à un an et un jour; Elise –« Lisette », de nouveau (1889); Jeanne (1890); toutes nées à Lamballe. Un frère, Louis Jean Albert, né en 1893 à Dinan et décédé en 1898, à 4 ans et sept mois, probablement d’une pneumonie. Enfin Marie (1895) et Louise (1897), nées à Dinan. Des cinq soeurs, seule Marie ne se mariera pas à Dinan, mais à Paris XIème en 1947, à l’âge de 52 ans.

L’établissement de Bains se trouvait à l’emplacement actuel du Jardin des Petits Diables, cela ne s’invente pas ! , à l’endroit de la roseraie du jardin du Val Cocherel. Le houx qui s’y trouve est une des dernières traces de l’époque de mes arrière-grands-parents (Source : mon cousin Pascal Destouches).

L’établissement fut démoli après le 7 septembre 1961, suite à sa vente à la Ville de Dinan.

Sur la promenade, à droite, la tour du Connétable.Crédits AD 22.

Pour la petite histoire, l’actuelle rue du 8 mai 1945, à son intersection avec les Petits-Fossés, mène au pied de la Tour Beaufort toute proche. Cette rue s’appelait à l’époque chemin du Saint-Esprit. On ne sait quel facétieux1 put proposer à la Mairie de Dinan d’appeler ce jardin du nom des Petits Diables, aussi près du Saint–Esprit. Peut-être de l’humour anticlérical au pays où Blancs et Bleus s’affrontèrent – au-delà des simples mots, lors de la mise en oeuvre de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat à compter du 9 décembre 19052 ?

Source pop.culture.gouvr.fr
Sur l’histoire de cet établissement et de la famille Bichemin à Dinan de 1893 à 1930, on se référera utilement à l’excellent article publié par mon cousin Pascal Destouches et son épouse Christine dans Le Pays de Dinan, tome XXXII, 2012, édité par la bibliothèque municipale de Dinan, 20 rue Waldeck-Rousseau, et toujours disponible sur commande.

Au premier rang, de gauche à droite, Léonie l’aînée, Charles 3, Léonie –mère.
Au second rang, de gauche à droite, Jeanne, Marie, Charles 4, Louise, Elise
Le 11 octobre 1910, à 18 ans et 6 mois, il s’engage volontairement au 10ème Régiment d’Artillerie à Rennes (35), comme deuxième canonnier conducteur (de chevaux). Il ne sait pas encore qu’il servira -par intermittence, mais avec constance, sous le drapeau de la République pendant plus de 35 ans.
Selon son livret militaire, sa taille est de 1 mètre 67 et ses yeux sont de couleur orange (moi aussi, légèrement noisette).
Il est nommé Brigadier le 23 décembre 1911, Maréchal des Logis le 23 octobre 1912.

Suite à plusieurs réengagements, il est en activité lors du décret de mobilisation générale, le 1er août 1914 à 16 heures (hostilités contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie), et participera à la première guerre mondiale3 dans sa totalité.



Assisses, Elise B., Marie Cosnier, Jeannette Faucher (dans le landau), Louise B., Léonie B.
Debout, la bonne, Auguste Faucher, Léonie B., Jeanne B. Charles 3, Marie B. et Henri Cosnier
Pendant ce temps, mon grand-père Charles 4 est au front, en Champagne

12 février 1917, Fontainebleau. Désigné pour suivre le cours de perfectionnement à Fontainebleau. Il en sort Sous-Lieutenant à titre temporaire le 1er mai 1917 et est versé au 261ème Régiment d’Artillerie.


A l’issue de la Grande Guerre, Charles Jean Louis Bichemin est titulaire de trois citations avec sa croix de guerre : deux étoiles d’argent, une de bronze.
1) Comme Maréchal des Logis du 10° d’artillerie Coloniale
ORDRE DE L’ARTILLERIE DE LA 60ème DIVISION du 17 MARS 1915
« Très belle attitude au feu, a montré le sang-froid dont il était capable en faisant démonter, nettoyer et remonter la culasse de sa pièce le 21 décembre 1914 la batterie étant en position à découvert et soumise à un violent bombardement de divers calibres. »

2) Comme Sous-Lieutenant
ORDRE DE LA 72 ème DIVISION DU 20 JUIN 1918
« Officier plein d’entrain et de bravoure, pendant les combats du 10 juin, après le repli de sa batterie, est resté sur la position sous un feu violent de mitrailleuses pour détruire toutes les munitions. »
ORDRE DE LA 72ème DIVISION du 11 SEPTEMBRE 1918
« Brillant Officier, modèle d’énergie et de bravoure ; a été blessé au cours des combats du 15 août 1918. »
15 août 1918. A la fin de la seconde bataille de la Marne, combats à Saconin et Breuil (Aisne). Enterré par un éboulement provoqué par des tirs d’artillerie. Déterré par un infirmier. On relève : Contusion de la joue gauche. Déchirure de la muqueuse sur la face interne. Fracture du nez. Hémorragie nasale abondante. Un tamponnement de la narine gauche doit être remplacé. Ecchymose palpébrale bilatérale. Commotion cérébrale. Inévacuable temporaire.
20 août 1918. Bon état. Evacuable. Arrivé le 23 août à l’hôpital militaire de Bourges. Un général en tournée, le voyant en mauvais état, a dû présumer d’une issue fatale . Il a épinglé la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur à son oreiller (recueilli par mon père auprès de son père qui, cependant, parlait peu de cette guerre).
1957. Une radio pulmonaire révèle qu’il recelait, sans qu’il ne le sache, une bille de Shrapnel dans un poumon.
L’attribution impromptue de la Légion d’ Honneur a été officialisée le 16 juin 1920.
(J.O. du 13 Avril 1921, page 4660).

Shrapnel : obus chargé à mitraille, éclatant en l’air. Mot d’origine anglaise.
Palpébrale : relatif aux paupières.



Vincennes, 1919
Après guerre, nommé Lieutenant à titre temporaire le 1er mai 1919, il fut affecté au 13ème Régiment d’Artillerie, au Château de Vincennes, transformé en arsenal en 1796 et doté d’un donjon remarquable de 52 mètres de haut. Un beau matin, il y fut surpris par son Colonel en train de gravir à cheval les escaliers dudit donjon. L’histoire ne dit pas quelles félicitations lui furent adressées pour ses hauts faits !

Classé au 22ème Bataillon d’Ouvriers d’Artillerie le 6 octobre 1921 –un siècle déjà, c’est dans la région Parisienne qu’il rencontra ma grand-mère Marie Alphonsine Schumacher, qu’il épousa à Vincennes le 18 avril 1922, avec l’indispensable permission de son Colonel.

Domicilié au 5, Avenue du Château, à Vincennes, le couple avait, depuis le 11 novembre 1920, une fille prénommée Marie Charlotte, conçue hors mariage. A l’époque, ce n’était loin ni du sacrilège, ni de l’infamie.

Se sentant à l’étroit à trois dans leur appartement, à la fin de l’été 1921, il s’installa à Nogent-sur-Marne (alors dans le département de la Seine) où leur fille put bénéficier de sa propre chambre.
Il est loin d’être établi que les cinq soeurs de mon Grand-Père aient vu d’un bon oeil cette union de leur frère, urbain et même bourgeois Breton, avec cette petite paysanne Lorraine sans origines bien établies –mon Père me le laissa entendre à demi-mots à quelques reprises, sans jamais émettre de jugement de valeur.
Faut-il rappeler qu’il fut le premier Bichemin de cette lignée –et même de l’histoire écrite, c’est-à-dire en Bretagne depuis la fin du XVIème siècle pour les registres paroissiaux, à se marier hors des limites « sacrées » du duché de Penthièvre, dont Lamballe était la capitale historique ?
Son père Charles Jules Bichemin2, Bleu de Bretagne, sinon par son adhésion à cette association, mais du moins par le coeur, laïc et anticlérical, lui avait montré la voie en étant le premier « hérétique » de la famille à s’aventurer à se marier hors de la ville de Lamballe, le 10 octobre 1885, à Dinan, située à la distance considérable de 36 kilomètres à vol d’oiseau !
La règle, à cette époque et même depuis fort longtemps, était de se marier dans la paroisse de l’épouse. Il était donc tout à fait normal que le mariage de Charles Jules Bichemin et Léonie Gombault ait lieu à Dinan. Ainsi, pour la première fois, ce ne fut pas la future épouse qui se déplaça à Lamballe pour venir s’y marier et s’installer chez ses futurs beaux-parents – quoiqu’elle le fit de 1885 à 1893, mais le futur époux qui se déplaça de Lamballe, considérable bouleversement anthropologique à l’échelle de cette vieille famille patrilocale4 Bretonne !
Je ne sais pas exactement où et comment ils se rencontrèrent. Toujours est-il que ma grand-mère s’intéressait fortement aux militaires, tout auréolés du prestige de la victoire. Elle m’en donna une preuve supplémentaire dans les années 1980, lorsqu’elle me raconta avec une grande fierté qu’elle fut témoin du défilé de la Victoire, le 14 juillet 1919, à Paris, sur les Champs-Elysées. Entre le moment où elle s’y installa au matin avec sa collègue et amie de la société Remington, et la fin de l’interminable et gigantesque défilé, il s’écoula plus de douze heures, selon elle.

Après quinze années de service actif, mon grand-père fut admis à faire valoir ses droits à la pension de retraite proportionnelle à compter du 11 octobre 1925.
C’est ainsi qu’après que mon grand-père eût bénéficié d’un congé en mai 1925, ma grand-mère le suivit en Côte d’Ivoire en juin 1925, celui-ci ayant obtenu un poste de sous-directeur à la Société Minière et Agricole de Marcory, poste qu’il avait obtenu au titre des Emplois Réservés pour services rendus à la Patrie.
Pourquoi la Côte d’Ivoire ? Désormais, nul ne le saura jamais. Plus je pense à lui, et retourne les éléments dont je dispose, plus j’estime que, malgré son apparence sévère et sérieuse, il s’agissait certainement d’un homme cruellement sensible et pudique. Du moins, c’est ce que mon coeur me murmure.
Malheureusement, il ne s’ouvrira pratiquement jamais de ce monde intérieur à son fils mon père, lequel en conçut jusqu’à sa mort récente, du dépit ainsi qu’une grande affliction.
Chacun sait que le coeur a ses raisons que la raison ignore (Pascal – Pensées).
Mon père héritera de ce trait de caractère que seule ma patience la plus attentive me rendit supportable. J’ai bien peur d’en avoir hérité moi-même ainsi que ma fille cadette Eloïse.
Wie der Vater so der Sohn !

Côte d’Ivoire, 1925.
Il s’agissait de diriger une plantation de palmiers à huile sur l’île de Petit Bassam, située au milieu de la lagune Ebrié, non loin d’Abidjan, en compagnie de caïmans qui faisaient la sieste à proximité de leur habitation.
Ma tante Marie, alors âgée de cinq ans, fut confiée aux bons soins de Joseph Alphonse Schumacher et de Marie Cattant, ses grands-parents maternels, aux Monthairons, dans la Meuse, non loin de Senoncourt-les-Maujouy (Meuse), où était née ma grand-mère Marie, le 28 mai 1897.

Voir tout en bas, à gauche
« La Société agricole de Marcory disposait, dans l’île de Petit-Bassam, d’une concession
de mille hectares, dont la moitié était plantée en elæis. Les plantations effectuées de 1922 à 1924, intéressant 200 hectares, étaient en production et alimentaient l’usine, concurremment avec la récolte de 100 hectares de palmeraie subspontanée et aménagée.
Le fonctionnement de l’usine était basé sur la double combinaison de l’extraction de
l’huile de palme par pression et par dissolvant. » (Source : Archives de la SMAM)

Les déplacements en direction de la terre ferme avaient lieu en pirogue, tant pour les personnes que pour les produits issus de la plantation. La propulsion des pirogues était assurée par le personnel de la plantation, à l’aide de pagaies.

Pas d’électricité, pas de téléphone, mais tout de même un frigo à pétrole. Attaché à la maison, un boy baoulé qui avait été le cuisinier de Galliéni. Sur l’île, ils étaient les seuls blancs.

Mes grands-parents étaient-ils d’affreux négriers ? Si l’on se replace dans le contexte d’alors, leurs actions semblent naturelles, même si aujourd’hui la relecture de l’Histoire de ce qui était l’Empire Français invite à une certaine circonspection si l’on ne veut pas tomber dans le seul point de vue indigéniste.
Le 10 avril 1926, mon grand-père est rapatrié en métropole, l’ulcère au duodénum dont il souffrait ne pouvant être opéré sur place.

Ma grand-mère est donc restée seule sur la plantation, en attendant la venue d’un remplaçant.
A l’aller, comme au retour, le trajet s’effectuait en bateau de la Compagnie Maritime des Chargeurs Réunis, de Bordeaux jusques aux côtes d’Afrique.





Au large d’Abidjan, les passagers et les marchandises étaient transbordés du bateau dans des pirogues à l’aide d’une nacelle pendue au bout d’un câble manœuvré par une grue depuis le bateau. Il fallait ensuite franchir la barre !
A propos de la barre et de la houle qu’il peut y avoir dans la lagune quand l’Océan Atlantique est bien formé, j’ai longtemps vu, accrochée au mur de l’entrée chez mes parents, une peau de caïman. Ce caïman avait perdu sa Mère jeune et ne savait pas nager. Il avait été apprivoisé par mes Grands-Parents et mon Grand-Père lui avait aménagé, côté droit de leur pirogue, une sorte de cage grillagée entre la coque et le balancier, de façon à ce que le caïman puisse apprendre à nager quand ils allaient à Abidjan. (Souvenirs de Marie Schumacher)
Entre le cheval et les caïmans, cet homme avait ses fantaisies ! On verra lors de la publication du prochain feuilleton du 17 mai 2021, d’autres illustrations de son esprit fantasque.

Aujourd’hui, les locaux s’étonnent de l’apparition –sic, de caïmans dans la lagune, et on lira avec intérêt le témoignage de Wawa Dah Julien dans la Dépêche d’Abidjan en janvier 2012.
Décembre 1925. Un jour de forte houle, la pirogue se retourna et le caïman, pris au piège de la cage et ne sachant toujours pas bien nager, se noya. C’est ainsi que sa peau se retrouva, 50 ans plus tard, accrochée au mur, dans l’entrée de la maison de mes parents.

Un peu plus tard en 1926, ma grand-mère put regagner la Métropole et mes grands-parents s’installèrent de nouveau à Nogent-sur-Marne. Elle obtint un emploi chez Monsieur Eugène Schueller, le fondateur de l’Oréal, qu’elle quittera vers mai 1930, en raison de la naissance de sa deuxième fille, survenue le 16 juin 1930.

Pendant ce temps, mon grand-père occupait un emploi de chef de rayon chez un quincaillier installé dans l’immeuble de la Maison Dorée, 20, Boulevard des Italiens, dans le 9ème arrondissement de Paris. La légende familiale colporte même qu’il aurait aussi été Directeur d’un journal de mode !

Depuis, le bâtiment a été racheté par BNP Paribas qui l’a très bien rénové avec l’aide du très éclectique architecte Pierre Dufau qui fut aussi celui de la centrale de Fessenheim, en 1973. La banque dispose par ailleurs de son siège social au numéro 16 du même Boulevard, qui abrite son élégante Agence Centrale.
Il faudra bien que je consacre un jour un article aux Agences Centrales de ces banques dont l’existence remonte au Règne de Napoléon III.



1930, Verdun.
Nommé Capitaine de réserve le 25 juin 1930, il obtient un poste d’Agent Militaire à Verdun. C’est en juillet 1930 que les Bichemin s’y installent, 35 Avenue de la 42ème Division, quartier du Faubourg Pavé.
Ma grand-mère laissera alors des regrets dans cette honorable Maison qu’est L’Oréal, à tel point qu’Eugène Schueller lui écrivit le 28 août 1930 en ces termes :

2021, pratiquement partout dans le monde dit civilisé.
Ce savoir-vivre s’est depuis largement dissous dans l’horizon de médiocrité qui nous est proposé comme seule perspective par nos politiques et les leaders d’opinion. Nous évoluons dans un Monde dans lequel on ne parle plus depuis longtemps de relations humaines mais de ressources humaines.
Les mots ont un sens, ils viennent peupler notre univers mental et conditionnent notre subjectivité, nos interprétations et jusqu’à notre comportement et nos actions. Si nous continuons de rester inertes, sans réaction face à la Doxa et aux mots d’ordre dominants, nous allons bientôt vivre dans une dictature de l’esprit, si ce n’est pas déjà le cas.
Le Monde sera ce que nous en ferons, par nos paroles et surtout par nos actes. Envers les générations futures, il y a urgence à accomplir notre devoir d’humanité.
Restons dignes et debout !
Retour à Verdun, 1930.
Quand mon grand-père fut promu au grade de Capitaine d’Artillerie, dans l’Armée de réserve, il avait 38 ans et demi.

Rien d’étonnant à cela, l’Armée Française ne promouvant pas à la légère et sans de sérieux états de service. C’était vrai hier, et c’est encore largement le cas aujourd’hui. Les exceptions se trouvent dans l’Histoire principalement lors de périodes comme la Révolution, le premier Empire et la Grande Guerre.
C’est ainsi que Philippe Pétain n’était « que » Colonel à l’ouverture des hostilités en août 1914, à l’âge déjà avancé de 58 ans. Rapidement, la guerre lui offre l’occasion de déployer ses talents, et il est promu Général de Brigade le 31 août 1914, Général de Division le 14 septembre de la même année, Général de Corps d’Armée le 20 octobre 1914, Général d’Armée en juin 1915, chef de l’Etat-Major Général le jour de Noël 1916. Le 15 mai 1917, il est nommé commandant en chef des Armées Françaises. Enfin, il est élevé à la dignité de Maréchal de France par décret du 21 novembre 1918.

Comme en l’An II de la République, la Patrie était en danger et ceci justifiait cela.
Il eût mieux valu qu’il en restât là après guerre et ne se mêlât point de politique comme il le fît. Il serait alors resté dans le coeur et la mémoire des Français comme le vainqueur moral de l’hécatombe de Verdun, ce qui justifia son élévation méritée à la dignité de Maréchal de France.
A de rares exceptions (Napoléon Bonaparte, Charles de Gaulle), l’Histoire montre à l’envie que les militaires font souvent de piètres politiques.
Comme l’a écrit Rudyard Kipling dans Plain Tales from the Hills, But that is another story.
Rendez-vous le 17 mai 2021 pour la suite.
Note du 21 avril 2024 : cet article, intitulé « Exode », sera publié au troisième trimestre 2024.
1 En fait de facétieux, il pourrait s’agir d’une facétieuse, et, selon mon cousin Pascal Destouches, de Louise Bichemin (1897-1990), soeur de mon grand-père Charles. Il écrit : » je me rappelle que Louise Monnier (née Bichemin) racontait que c’était elle qui avait suggéré ce nom, en souvenir des petits-enfants qui faisaient les « diables » dans le jardin du grand-père Bichemin. Est-ce vrai ? Les Monnier était très en cour auprès du maire de l’époque (de mars 1965 à mars 1983), Yves Blanchot, et, bien sûr, de René Pleven5. Alors, pourquoi pas ? »
2 Dans un prochain article, on pourra découvrir une des facettes de la personnalité de mon arrière-grand-père Charles Jules Bichemin, grand-oncle de René Pleven. Ce dernier sera le directeur politique du journal Le Petit Bleu des Côtes-du-Nord, à compter du 23 mars 1946 et jusqu’au 18 janvier 1986. René Pleven revendiquait volontiers la filiation de son journal avec le Petit Bleu de Dinan, créé, lui, en 1903, par son oncle Charles Pleven, fondateur, avec Jean Geistdoerfer, et que mon arrière-grand-père a sûrement pu lire(*), le trait commun des Bleus de Bretagne étant d’appartenir à la bourgeoisie urbaine et francophone de la province.
(*) Charles Emile Pleven (1871-1924) était le neveu d’Eugénie Philomène Gombault (1847-1914), soeur aînée de mon arrière-grand-mère Léonie Marie Eugénie Gombault (1859-1942).
Le père de Charles Pleven, Jean Marie Toussaint Pleven (1824-1909) fut le témoin du mariage en 1884 de Paul Eugène Louis Gombault (1858-1891) et d’Elise Octavie Jeanne Bichemin (1856-1939) (Les Bichemin l’appelaient la « Tante Gombault »), le témoin du mariage en 1885 de mes arrière-grands parents Charles Jules Bichemin (1858-1935) et Léonie Marie Eugénie Gombault, et enfin le témoin de la naissance de mon grand-père Charles Jean Louis Bichemin en 1892 et apposa sa signature sur son acte de naissance.

Paul Eugène Louis Gombault et Elise Octavie Jeanne Bichemin eurent trois fils : Paul Charles Auguste (1885-1913), Charles Léon Elie (1886-1888) et Jean Charles Louis (1890-1980).


Jean Charles Louis Gombault, croix de guerre 14-18 et chevalier de la Légion d’Honneur, fut, entre autres attributions, maire de Lamballe du 24 octobre 1947 au 19 mars 1959, et Conseiller Général des Côtes-du-Nord de 1951 à 1970.

Les Gombault, Pleven et Bichemin étaient très liés, alors Charles Jules devait certainement lire le Petit Bleu première époque.


3 Depuis, les historiens considèrent que la Guerre de Sept Ans (1756-1763) fut la première véritable guerre mondiale. On consultera sur ce sujet l’excellent livre d’Edmond Dziembowski, « La guerre de Sept Ans, 1756-1763« , Collection Pour l’Histoire, coédité par les éditions Perrin, www.editions-perrin.fr, et le Ministère de la Défense, 2015.


4 Patrilocalité : En anthropologie sociale, la résidence patrilocale ou patrilocalité, également appelée résidence virilocale ou virilocalité, est un principe de fonctionnement de certaines sociétés traditionnelles selon lequel un couple marié s’installe dans le village à proximité des parents du mari une fois le mariage contracté. Sur ce sujet, la lecture de la somme d’Emmanuel Todd est indispensable à tout honnête homme : « L’origine des Systèmes Familiaux – Tome I. L’Eurasie », aux éditions Gallimard, http://www.gallimard.fr/, 2011.


5 Cela jouera des tours à mon père Charles, en 1968. But that is another story.
Autres sources : Site « Les entreprises coloniales«
